lundi 28 juillet 2008

Hot Chip, danse avec les puces - Article de couv paru dans Tsugi en janvier 2008

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Texte : Violaine Schütz


Hot Chip

Dancers In The Dark

Avec Made In The Dark, troisième perle d’un édifice déjà majeur, les cinq batards sensibles anglais d’Hot Chip inventent la dance du troisième millénaire : celle qui fera pleurer les clubbers et danser les nerds.

Exit les fluo kids, 2008 sera l’année des hommes de l’ombre. Car on peut dire qu’on en aura soupé de l’électro bling bling sous les projecteurs de 2007. Les colorés Cathy Guetta et son mari, partout. Bob Sinclar et son sourire ultra bright prodiguant ses conseils de DJ’ing sur youtbe, Yelle et ses leggings flashy dans le clip de Michael Youn, Lorie interprétant des chorés de techtonik en habits de lumière sur les plateaux TV, l’électro a brillé fort mais pas toujours par sa qualité. Outre Manche, le clinquant aussi nous en a mis plein la vue avec les couleurs bigarrés de la new-rave. Mais cette année, tout pourrait tout ! De bordel nu-disco, le dancefloor pourrait se changer en chambre à coucher, la techno « qui tape » s’écouter au coin du feu ou à la lumière d’une bougie. Déjà Burial nous a fait le coup il y a quelques mois, rattachant sa techno lunaire aux racines sombres du genre, celles du concombre masqué et du « low profile ». « Low Profile », c’est l’expression qui convient le mieux à Hot Chip, dont le troisième album, Made In The Dark déjà bien placé pour être promu au titre de disque de l’année, va donner à la musique électronique une nouvelle luminosité, celle d’une pop éclairée et compliquée. Même combat donc entre le roi du dubstep et les auteurs d’ « Over and Over ». Alexis et Joe, les leaders d’Hot Chip étaient d’ailleurs dans la même école londonienne que le petit Burial, qui selon eux était « très timide et renfermé. Il y a pas longtemps je me suis fait tapé sur les doigts car j’ai révélé son nom en interview. On a aussi playlisté « Archangel » sur notre mix pour la BBC, ça nous a beaucoup touché qu’un ancien camarade de classe fasse de l’aussi jolie musique ». Ils sont comme ça Hot Chip, de bons copains toujours prêts à renvoyer l’ascenseur, surtout à un autre « man in the dark ». Des types sympas en somme qui ont crée un dancefloor à leur image, poétique, tendre et fragile. « Nos deux premiers albums portaient des titres blagueurs et machos, Coming on Strong et The Warning. Aujourd’hui, on est prêt à se montrer comme on est, et à appeler un disque comme l’une des chansons les plus tristes et les plus réfléchies qu’on ait jamais écrites. » Une nouvelle ère est en marche.

Nerds can dance

Janvier dernier, Studio The Premises à Londres, dans un quartier branché. Des synthés dans tous les recoins et au milieu cinq garçons qui se marrent en regardant une reprise comique du « West End Girls » des Pet Shop Boys sur youtube. L’un d’eux lit le National Geographic sur les volcans, un autre hésite -pour la séance photo- entre son tee shirt orné d’un asticot vert et une chemise tye and dye que même ton grand père ne veut plus porter. Au premier abord, les Hot Chip ressemblent à ces héros des films des années 80 dans lesquels deux nerds demandaient à leur ordinateur de leur fabriquer une meuf super bonne. Comme si le mot « geek » avait été taillé spécialement pour leurs épaules malingres et leurs polos improbables (celui de Joe porte fièrement toutes les couleurs de l’arc en ciel). Il y a dans ces types et leurs private jokes du Jack Black autant que du Nick Hornby, du Father Ted (leur série préférée) et du Ben Stiller. Mais se méfier de l’eau qui dort. Derrière cette l’image d’une bonne équipe de loosers se cache une toute autre réalité. Dans les faits, rien que les faits, Hot Chip sont des winners, des vrais. Ils ont remixé les Rolling Stones, les Scissor Sisters, The Go! Team, Amy Winehouse et les Gorillaz (pour n’en citer que quelque uns), avant de s’atteler il y a peu à une réinterprétation olympique d’ « Aerodynamik » et de « La Forme » de Kraftwerk. Leur DJ Kicks a été acclamé par toute la presse et leur single « Over And Over » a été élu single de l’année 2006 dans le NME. Nominés au Mercury Prize, ils s’apprêtent à faire la couv du guide intérieur du très sérieux The Guardian. Pourtant le quintet demeure humble quand on les met devant le fait accompli de leur réussite. Kylie qui a fait appel à eux ? « On voulait lui donner « Ready For The Floor », notre nouveau single pour elle mais elle n’en a pas voulu » se morfond Alexis (Casiotone MT-70/chant). Leur tournée marathon qui les a amenés de l’Australie au Japon en passant par l’Amérique du Sud ? « Nous nous sommes mis plusieurs fois dans des situations critiques car on n’a pas assez d’argent en tournée, et qu’on se demande toujours comment aller d’une ville à une autre, raconte Al Doyle, le grand blond (Roland SH-101/guitare/chant). Une fois nous voyagions sur la West Coast, et on a loué un van énorme. Les lits y faisaient le bruit de 100 enfants effectuant un crissement de craie sur un tableau noir. On a du l’abandonner dans un camping et on a été obligés de le filmer avant de prendre l’avion pour prouver qu’on ne l’avait pas abimé. Ensuite on a du passé douze heures dans un centre commercial à essayer des pantalons XXL pour nous amuser. » Vous l’aurez compris, ne pas attendre d’Hot Chip qu’ils sortent la brosse à reluire pour se faire mousser. Ces types là sont des working dance class heroes.

Dès le début, Hot Chip est une affaite d’humilité. A l’an 2000, alors que beaucoup recherchent la nouveauté avant tout (créer le son du futur), Hot Chip sort dans l’obscurité médiatique la plus totale, « Mexico », un EP de six titres qui ressemble à du folk dépressif tout sauf futuriste. En 2004 sort Coming On strong (en janvier 2005 chez nous sur Kitsuné), premier album bancal, chaud et déconneur dont on savoure les paroles drolatiques : « Je suis tout comme Stevie Wonder sauf que je peux voir les choses ». A l’époque, déjà sur scène, les cinq gars arborent des sapes échappées du placard d’un champion de Game Boy. En 2006, lors d’une rencontre décontractée, ils nous confient ne vouloir qu’une seule chose : « écrire des chansons personnelles et honnêtes qui parlent d’amour, de sexe et de bouffe ». « Hot Chip » signifie d’ailleurs autant « puce chaude » que « frite ».

Kings Of comedy

Les ambitions étaient donc claires dès le départ. Il n’a jamais s’agit chez Hot Chip de faire des gros sous ou d’appâter les filles. A la question « quel type d’ados étiez-vous ? », Alex et Joe répondent par «Très populaires bien sûr ! », dans un sourire en coin qui en dit long. Hot Chip, à l’origine c’est un grand gros et un petit à lunettes dans la pure tradition Laurel et Hardy, qui se sentent pas tout à fait comme les autres petits garçons, et essaient de faire de la pop différente. « Alex et moi nous connaissons depuis l’âge de 11 ans, raconte Joe (Teisco/chant). On avait pas beaucoup d’amis et on a commencé la musique vers 16 ans, pour s’occuper. Au départ c’était des reprises du Velvet Underground, de Spacemen 3 et de Pavement à la guitare avant d’expérimenter tout un tas de choses. Nous n’aimions pas du tout ce qui passait à la radio quand nous étions ados. Nous voulions essayer des sons plus bizarres. Nous étions influencés par des artistes qui avaient essayé de rendre la pop plus folle comme Prince, les Beach Boys, Phil Spector, Robert Wyatt, Timbaland, Madlib, Brian Eno et New Order.»

Alex et Joe apprennent donc la pop music en dévalisant les armoires des parents et en ne gardant que ce qui dérange, fascine, inspire. De leurs côtés, Felix (boite à rythmes/MPC) et Al font de même, se passionnant pour les musiques électroniques et les sonorités divergentes. « En musique, c’est pas le burlesque et l’ouvertement comique qui nous intéresse, mais plutôt le moment où une chanson de Brian Eno, de Robet Wyatt ou de Devo devient bizarre donc drôle. Ce qui nous amuse c’est le surprenant. Quand Joe chante la lutte gréco romaine sur notre dernier album (en rappant comme R Kelly) alors qu’il est ni gay ni franchement taillé comme un athlète, ça nous fait rire. Ce qui nous unit tous dans le groupe c’est qu’on a tous le même sens de l’humour pince sans rire. Et on ne supporte les groupes qui manquent de dérision !»

Le cul entre deux chaises

Lorsqu’on interroge Hot Chip, ce qui frappe c’est leur désintérêt pour presque tout ce qui se fait aujourd’hui en musique et qui marche. Ils détestent Justice, abhorrent les Klaxons. Les crossovers, ils avaient déjà fait ça avant la nu-rave. En 2006 précisément, avec l’indépassable The Warning. Hot Chip inventaient là un genre bien à eux : l’électro nerd. Une techno enregistrée en chambre à coucher (celle de Joe) laissant la part belle à la pop gracile de l’Angleterre des Smiths et à de petites trouvailles sonores empruntant autant à la soul et au funk old-school qu’au 2-step garage. Quelque part entre l’homme dans ce qu’il a de plus humain et la machine dans toute son efficacité dancefloor. A l’époque, Hot Chip ne sont pas sûr de trouver un public. « C’était pas évident, explique Joe. En Angleterre, si on veut réussir son coup, il faut choisir son camp, soit le rock à guitares soit la techno qui tabasse. Nous, nous enregistrons à la maison sur des petites machines modernes, des claviers et des boîtes à rythmes et en même temps avec de vrais instruments. On n’est ni rock indé, ni dance, ni les Chemical, ni Pete Doherty. Il y en a plein qui font ça aujourd’hui mais au moment d’enregistrer The Warning, c’était pas si bien admis que ça ». A l’instar de New Order ou de Royksopp, Hot Chip a établi un chaînon manquant entre la pop et la techno, réconcilier les geeks et les danseurs. Une chanson d’Hot Chip, ça n’a rien à voir avec un track d’électro-rock ravageur, c’est un hymne de dance old-school joué par des poppeux qui lisent beaucoup et sortent peu, si ce n’est pour se décapsuler une bière au pub entre mal-aimés.

Humains, trop humains

Ce sont d’ailleurs les nerds qui ont adopté Hot Chip. Le groupe figure parmi les cinq noms les plus recherchés du moment sur l’agrégateur de mp3 blogs Hype Machine. Ceux qui sont restés cloitrés longtemps chez eux devant leur PC se reconnaissent dans la musique d’Hot Chip qui résonne comme la bande son de leur vie. Car en dehors de la force de mélodies imparables comme celle de « Boy From School » ou « Over And Over », c’est cette fragilité des personnes cachées derrière la musique qui touche autant chez Hot Chip et explique comment un petit groupe de folk anglais ait pu devenir le crew de super héros dance d’une génération perdue. Hot Chip, c’est un peu la revanche de la mélancolie, la prise de pouvoir du faible. Avec eux, l’électro a changé de camp. Elle n’est plus l’apanage de gros bras venant de Détroit ou de petits bourges mignons de Versailles, elle n’a plus besoin de sirènes tonitruantes et de paroles sexy pour rameuter tout le monde sur le dancefloor. Sur la piste, Hot Chip parlent pour ceux qui n’ont jamais la parole. Le môme à quadruple foyer au fond de la classe, celui qu’on refoule le samedi soir à l’entrée de la boîte, et qu’aucune fille ne veut embrasser, avec pour thèmes de prédilection l’échec, l’amour unilatéral, l’impopularité à l’école et les private jokes de puceaux.

Mr Meuble, fan du groupe et animateur d’un blog contant les dernières aventures d’Hot Chip (http://mrmeuble.blogspot.com) admet que là se joue le « nerd » de la guerre : « Dès The Warning il y a eu un changement de direction, à mi chemin entre une musique purement hédoniste qui célèbre le présent et quelque chose de plus profond et intime. Voilà le truc central chez Hot Chip, cette faculté à allier en une même chanson, comme « Boy From School » la joie instantanée et la mélancolie profonde. Ce qui les distingue aussi des autres groupes, qui répètent un modèle bien rôdé, c’est ce risque total pris à chaque morceau, et rendant les premières écoutes d’un disque d’Hot Chip déroutantes. Ces types osent prendre des directions surprenantes, opérer des changements mélodiques qui dénotent. Ils ont cette petite folie qui les pousse à tout tenter. Il n’y a pas de formule Hot Chip, chaque track est un challenge qui peut déplaire, même aux fans acharnés. »

Hors des sentiers rebattus

C’est ce Hot Chip qu’on retrouve sur Made In The Dark, disque libre, casse-cou, joueur en phase avec une génération décomplexée avide d’aventures sonores et de nouveauté. Totalement en dehors des hypes actuelles, l’album posté sur les blogs avant sa sortie, en a dérouté plus d’un. Alexis se dit d’ailleurs très inquiet quand à sa réception. « Il n’a pas littéralement été fait dans le noir, mais ce n’est pas un disque facile. Il est même risqué par rapport à l’économie actuelle. Ce n’est pas un album qui se découpe en singles alors que l’époque pense surtout en termes de morceaux (l’i-tunes et le shuffle). Et sur ce « tout », on n’a non seulement varié les styles à l’intérieur d’un même titre mais aussi changé la façon dont les morceaux ont été enregistrés. Certains titres comme « Out At The Pictures » débute par une saisie en live lors d’un concert aux USA et continue par une prise réalisée en studio. Il y a aussi beaucoup de sons bizarres repiqués sur de vieux synthés, de chaos et de bruit. En enregistrant, on pensait à des disques comme Sign ‘O’ The Times de Prince ou le White Album des Beatles. On s’est aussi beaucoup laissé aller à l’improvisation. On a répété sans avoir d’idée de construction pour ensuite aboutir à un document nous montrant en train de jouer live. Pas mal de musiciens que j’adore ont procédé ainsi, comme Miles Davis. »

Sur Myspace, à l’époque de The Warning, Hot Chip publiait cette profession de foi : « Nous pensons que la pop devrait être plus imaginative qu’elle ne l’est en ce moment, qu’elle devrait t’affecter et t’inspirer. » Il semblerait qu’avec le sublimement complexe Made In The Dark, les Fab 5 aient relevé le défi. Et rendu la pop aussi belle, riche et dense qu’elle devrait toujours l’être.


Made In The Dark (DFA/EMI)

www.hotchip.co.uk

Dave Gahan - Contre La Montre (Tsugi octobre 2007)

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Texte : Violaine Schütz

Dave Gahan
Contre la montre

28 mai 1996 : Dave Gahan est déclaré mort pendant deux minutes suite à une overdose d’héroïne et de cocaïne dans une chambre d’hôtel de Los Angeles. Après ça, les chansons du groupe d’électro-pop culte Depeche Mode dont il est le leader, ne seront plus jamais les mêmes…Dave non plus.

C’est un homme à l’élégance racée, tout de noir vêtu comme le Johnny Cash de la fin, qui prépare-lui-même- le café pour les journalistes dans la suite de son hôtel chic près du quartier de l’Opéra. Etrangement doux et posé, avec quelque chose de vaguement inquiet dans le regard bleuté, le chanteur de Depeche Mode, clean depuis onze ans, peut souffler : il vient d’accoucher d’un album solo d’une rare beauté, Hourglass.

Isolation

Sur le premier single qui en est extrait, « Kingdom », remixé notamment par Digitalism, Gahan se demande s’il y a un Dieu, un Royaume au-delà. Si Paper Monsters, son premier album solo sorti en 2003, mettait à vif les démons avec lesquels la rock star a eu à dealer coté vie privée, Hourglass (sablier), lui, pousse à croire en quelque chose, et arrête le temps. « Le temps joue contre moi, je me fais vieux, explique Dave. Mais j’ai tellement perdu d’heures à m’angoisser, à ne rien arriver à faire parce que je me dégoutais, que je ne voulais pas me laisser –encore- happer par le sablier. Je me suis trop longtemps battu contre la montre, à essayer d’en faire le plus possible sans trouver ma place. »
Longtemps confiné au rang de sex symbole et d’entertainer dans Depeche Mode, où Martin Gore composait tout, Dave a enfin signé ses deux premières chansons sur le dernier album de Depeche Mode, Playing The Angel en 2005. Cela aurait pu lui donner confiance, mais il n’en est rien. Pour Dave, la pop-musique est un combat continu. « La musique est une manière de travailler sur la vision négative que j’ai de moi, comme quand j’étais plus jeune, et que je peignais tout le temps, ce que j’ai arrêté de faire il y a 10 ans. J’avais besoin de sortir, de voir le monde. C’est facile pour moi d’être seul mais c’est très dangereux pour moi d’être enfermé dans une chambre. New York, où je vis aujourd’hui, est un bon endroit pour moi, et ça a influencé les nouvelles chansons. Le studio d’enregistrement se trouvait dans une petite rue très bruyante, très animée. Quand j’étais à Los Angeles, je pouvais prendre la voiture et conduire pendant des heures, sans voir personne, dans l’isolement totale. A New-York, il y a du monde partout, même la nuit ! Ca me force à réaliser qu’il y a plein de choses et pas que moi au monde (rires) ! J’aime aussi m’asseoir dans des coffee shops de NY, et regarder les gens, m’imaginer leurs vies. J’aime la vie, je suis juste effrayé par les gens. »

Middle class hero

Effrayé, Gahan, l’est depuis toujours. Né de parents chrétiens appartenant à la classe moyenne, David avait 6 ans quand son père a quitté la maison. Remariée, la mère de Dave donna à ses enfants l’impression que son second époux était leur vrai père. Mais en 1972, ce dernier meurt alors que Dave a 10 ans. Gahan ne s’en remet pas et devient un vrai bad boy, adepte du vol de bagnoles, de la tire à l’étalage et du graffiti sur immeubles, qui lui valurent de nombreux détours par la cour avant ses 14 ans. Il enchaîna ensuite les petits jobs (plus d’une vingtaine) comme celui de vendeur de boissons fraîches. Jusqu’à ce fameux jour de 1980, où il rencontra les autres membres de Depeche Mode, qui devint peu à peu le groupe majeur que l’on connaît aujourd’hui. « La vérité, c’est que ma vie est super, et que je n’ai pas à m’en plaindre, confie Dave, et que je suis reconnaissant pour toutes les opportunités, mais c’est dans ma nature, il y a toujours cette épine, cette insatisfaction. Je continue à envier ces gens qui semblent prendre les choses comme elles viennent, je n’ai pas dû avoir le bon livre petit, à l’école, celui qui apprend le contentement. (rires)».

Il n’y a pourtant de quoi être fier. Hourglass, sans réinventer la formule magique de Depeche Mode – ce clivage entre claviers industriels et sonorités électroniques contrebalancés par une voix de baryton, presque gospel, qui n’a jamais sonné aussi soulful et profonde que maintenant. A 45 ans, Dave Gahan n’est plus le garçon coiffeur d’un groupe à succès, mais semble avoir trouvé une toute autre voix. « C’est mon album le plus personnel dans le sens où j’ai essayé de savoir qui j’étais exactement, où j’en étais. Je ne pouvais pas y arriver si je restais en surface, j’avais besoin de fouiller à l’intérieur, pour renouer avec l’espoir à propos de ce que je deviens. Quand j’écoute de la musique, j’ai besoin de croire que la personne est en train de me parler, et si elle ne fait rien pour moi, même si la musique est sublime, je ne peux pas l’écouter. Pour moi, la musique aide à identifier des choses, à y voir son propre cynisme, comme dans un miroir. J’ai regardé dans le miroir pendant très longtemps, sans jamais rien y voir d’autre que du vide. C’était terrifiant ! La musique que j’aime c’est celle qui donne le sentiment de ne pas être seul, comme l’ont fait Johnny Cash, Billie Holiday, Ian Curtis, Nick Cave. » Il faudra désormais ajouter Dave Gahan à la liste des compagnons de route à valeur salutaire.

Hourglass (Mute/Virgin)

Peaches - Article publié en juin 2006 dans Trax

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Peaches

Beats, cul et politique

Merrill Nisker, punkette burnée (et moyennement épilée) plus connue sous le nom de Peaches, s’est imposée sur la scène électro à coup de beats et de bites. Paroles hardcore, tenue de scène se réduisant au slip, discours riot girl, tout a contribué à attirer l’attention sur son minois (enfin, un peu plus bas même) plus que sur sa musique. A l’occasion de la sortie de son troisième album, c’est pourtant une artiste plus engagée qu’enragée qu’on a rencontré.

«Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende !» disait une réplique tirée d’un film de John Ford. C’est en suivant ce précepte que la presse a fait de Merrill Nisker, intellectuelle (et ancienne prof) canadienne exilée à Berlin, une bitch féministe prête à tout. Le mythe s’est vite enorgueilli d’un CV miraculé comprenant un acoquinage précoce avec Gonzales, un duo avec Iggy Pop, et des remixes à gogo pour Daft Punk, Roxy Music, Yoko Ono. Mais tous les faits d’armes de Peaches n’aboutissaient qu’un peu plus à la cantonner dans son rôle de harpie hystérique. Il y a sans doute du vrai dans cette légende. Mais Peaches (dont le nom vient d’une chanson de Nina Simone et non d’une plaisanterie juteuse) ne se réduit pas au bordel porno punk médiatisé.

La chienne baisse sa garde

D’abord, Merrill, en vrai, n’est pas du tout celle qu’on s’imagine. Toute petite, presque timide, elle est plutôt mignonne, et a beaucoup à dire, même quand elle ne parle pas de cul. Pas le genre à se désaper pendant l’interview ou à mettre ses talons aiguille sur la table. Elle s’enthousiasme sur le disque de Syd Barrett qui passe dans le bistrot, et se tient bien, si ce n’est quelques incartades qui rappellent de quel bois la Canadienne peut se chauffer quand elle revêt les atours sexys de Peaches. « Tu sais ce que c’est « bush », hein ? C’est ça », dit-elle, en mettant sa main sur ses parties génitales. Un geste qui fait écho au propos de ces deux précédents disques, Teaches Of Peaches (2001), et Fathertucker (2003). La pécheresse y prêchait le sexe libre sur des beats électro-punk minimaux.

Mais Peaches n’est pas seulement la provocatrice qui pose barbe et poils pubiens à l’air, ou se lance seule sur la scène de Bercy, sous les injures des fans de Björk dont elle assure la première partie, en playback et avec pour uniques compagnons d’infortune, son Roland MC-505 et un godemiché. « Les choses ont un peu changé. J’ai ouvert mon esprit. Je peux inviter des gens, tout en sachant ce que je veux et sans perdre le contrôle. Pour ce nouvel album, je voulais m’entourer. J’ai écrit et produit seule mes deux premiers albums, j’utilisais mes machines de manière très DIY. Je voulais progresser et apprendre des choses techniques,. J’avais envie de vrais instruments, de quelque chose de plus propre, plus pro. C’est pourquoi, j’ai fait appel au producteur Mickey Petralia (Beck, ndr)».

Autre changement sur ce troisième album, Impeach My Bush, Peaches a délaissé Berlin pour un cadre beaucoup plus glam : Los Angeles. « J’avais une maison, une piscine et un studio, et pas de voiture, donc c’était comme vivre sur mon île. Je faisais quelques brasses avant d’aller bosser et j’organisais un tas de fêtes. Josh Homme (Queens Of The Stone Age) venait faire des barbecues. Je lui ai proposé spontanément de bosser sur mon album pendant qu’il retournait la viande. Feist, mon ancienne coloc au Canada, est venue aussi se baigner dans la piscine car elle tournait aux states à ce moment là, du coup, elle a posé quelques voix elle aussi ! Et Joan Jett, dont j’avais utilisé un sampler sur le deuxième album, venait aussi admirer mon bikini couleur or et on a fini par faire un duo.»

Peaches n’est donc plus seule dans son délire. Sur scène, elle se produit désormais avec un groupe incluant Jd Samson (la fille moustachue de Le Tigre) et Samantha Maloney (Hole). En Juin, elle a parcouru les Etats-Unis, un terrain de jeu où le titre de son album risque de lui valoir quelques inimitiés. « L’expression « Impeach my Bush » préconise autant de s’en prendre à ma chatte, que de virer le Président de la maison blanche. C’est à double sens, comme presque tous mes textes. Je joue avec les significations comme je joue avec les genres. Beaucoup de personnes pensent encore de nos jours qu’il faut se cantonner au hip hop, au rock ou à l’électro. Depuis que Run DMC et Aerosmith ont écrit une chanson ensemble, rien ne devrait poser problème, tout devrait être possible, non ? (rires) ».

Pour Peaches, tout est permis, en effet. A commencer par s’attaquer à l’une des grandes puissances de ce monde. Mais il faut dire que la belle a ses raisons. Sa sœur, atteinte de la sclérose en plaques se déplace en fauteuil roulant. Sur son site web, Peaches enjoint ses fans à rejoindre le programme “Walk A Mile In My Shoes”, mis en place avec son beau frère. « Il s’agit d’envoyer à Bush une vieille paire de chaussures ainsi qu’une lettre expliquant l’importance de la recherche sur les cellules souches embryonnaires. On peut faire de nombreuses études sur un fœtus. Mais Bush, en s’opposant à l’avortement et au clonage thérapeutique empêche la science de progresser et des gens de guérir. Il faut remédier à ça ! »

Deux garçons pour chaque fille (On n’a rien contre)

Mais rassurez-vous, la légende est bien vivante : Peaches n’a pas délaissé totalement le sexe et la gaudriole pour la politique. « C’est super fashion d’être contre Bush, mais mon propos est différent. Il représente pour moi un symbole de puissance. Et une grande partie de ma musique questionne justement les figures d’autorité. Sur Fatherfucker, je militais pour une inversion des rôles en demandant aux mecs de bouger leurs bites, comme les types disent aux filles de remuer leurs seins. Sur Impeach My Bush, c’est la même chose : la chanson « Two Guys (for every Girl) parle de réversibilité des sexes et de jeux de pouvoir. Dans les 60’s, Jan & Dean (un groupe de surf music proche des Beach Boys) chantaient « Two girls for every boy ». Et ils le faisaient passer comme une lettre à la poste car c’était pris sur le mode « fête de plage » et rêve américain : tout le monde trouvait ça trop cool. Mais moi, quand je chante « Two Guys», on me dit « ou la la, c’est de la provoc ça ! Tu cherche la controverse !». Pourquoi quarante ans après, ça pose problème de prôner deux garçons pour une fille, et pas deux filles pour un garçon ? Hein, pourquoi ? » Peut-être parce que ce monde manque de punkettes engagées à la Peaches, pour soulever les points (G) vraiment importants.

Impeach My Bush

(XL/Beggars)

www.peachesrocks.com

vendredi 25 juillet 2008

Interview de Kylie Minogue spéciale "cinéma" parue dans Wad en aout 2007

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Texte : Violaine Schutz

Kylie Minogue

On ne présente plus Kylie Minogue, la mini Australienne qui a mis le monde et la hype à ses pieds, de Nick Cave à Karl Lagerfeld en passant par les Scissor Sisters. Mais si l’on connaît bien la pop star dont le prochain album sera enregistré avec le nouveau prodige disco écossais de 22 ans Calvin Harris, on ignore presque tout de l’actrice, qui en plus d’imprimer brillamment la pellicule, nourrit une véritable passion pour les comédies musicales des 50’s. Interview cinéphile avec une star globale.

Si tu étais un film, tu serais…

Une combinaison de road-movie, de comédie musicale des 50’s et de la scène de baisers finale de Cinema Paradiso.

Quel souvenir gardes-tu de la série australienne Skyways dans laquelle tu as débuté à 11 ans ?
C’était si amusant d’être auprès de gens créatifs et de faire de la télévision. Ce qui m’est resté de ces années là, c’est la notion du travail d’équipe, d’un groupe d’individus joignant ses forces pour faire aboutir à un projet. Et aussi le fait qu’être créatif n’excluait pas celui d’être professionnel.
Quand as-tu pensé sérieusement à devenir actrice ?
J’ai joué durant mes années de cours, et lorsque j’ai terminé l’enseignement secondaire, j’ai pris la décision de devenir vraiment actrice (à 16 ans). J’ai alors essayé d’être réaliste, donc j’ai fait comme tous les acteurs : je me suis inscrite au chômage.
Comment s’est passé ton apparition dans la sitcom Neighbours (la série qui a fait de Kylie une star en Australie et en Angleterre, à 17 ans seulement, ndr) ?
Les longues heures de tournage, et la découverte du monde de la promotion. Tous les jeunes membres de l’équipe étaient envoyés à d’interminables séances photos, shows TV, passages radios et autres apparitions publiques comme aller faire du shopping dans des centres commerciaux. Il y avait des minis-émeutes : l’hystérie ! Ensuite, c’était : se lever tôt, apprendre rapidement mon texte tout en conduisant pour aller au boulot (dans ma toute première voiture), puis make-up, coiffure, brushing, deux ou trois prises pour chaque scène, et la même chose le lendemain ! Je me souviens aussi très bien d’une salle d’attente toute verte. A l’entrée, il y avait des « trous à pigeons » dans lesquels je récupérais mon script et une nouvelle chose appelée « courrier de fans »!
Joues-tu un rôle lorsque tu montes sur scène ?
Parfois, oui. Il y a plusieurs personnages, sentiments pour chaque chanson et différents thèmes à l’intérieur du show. Il y a des parties de mon concert pendant lesquelles je suis simplement moi, interagissant avec le public et d’autres où j’use d’effets dramatiques pour créer une certaine émotion.

Quels sont tes 5 films fétiches ?
Il y en a plus que ça…Les hommes préfèrent les blondes, Metropolis, Ziegfeld Follies, Mon beau-père et moi, Singin’ In the Rain, Cinema Paradiso, La Garçonnière, Le Kid.

Peux-tu me parler de ton rôle dans Moulin Rouge?
Je posais pour une session photo à Londres quand je reçois un appel de mon manager me disant que Baz Lurhman voulait me parler d’un rôle dans Moulin Rouge. Le gros du film avait déjà été tourné et le rôle de la fée verte devait l’origine être une animation. Je suppose que Baz a changé d’avis. J’étais très enthousiaste, car j’étais fan de son travail depuis son premier film, Ballroom Dancing. Baz et moi avions travaillé ensemble en 1994 pour un numéro spécial du Vogue australien. Il avait crée une histoire de 22 pages sur l’ascension et le déclin d’une starlette Hollywoodienne des 50’s. Les photos étaient prises par le légendaire Bert Stern dans les studios de la Fox à Los Angeles. Le job de rêve!

Quels sont tes projets ?
Je suis plutôt spontanée donc je ne peux pas dire exactement de quoi sera fait mon futur. Ce sont les possibilités qui m’excitent. Je suis actuellement en train de travailler sur une comédie musicale. J’ai enregistré mon dixième album studio, et je compte partir en tournée l’année prochaine. J’ai toujours trouvé qu’il était difficile de choisir un des aspects de mon travail, mais les concerts arrivent très près du top de la liste. C’est un échange honnête, cosmique et immédiat d’énergies, et il y a toujours cet élément de l’inattendu.

www.kylie.com

Colder - Juin 2005

Texte : Violaine Schütz


Colder

Spleen et idéal

Après le succès de son premier album Again, coup de maître conjuguant pop 80’s et techno minimale, le parisien Colder a arrêté le graphisme pour se consacrer à sa musique. Un choix inspiré puisque Heat, son deuxième album, offre encore de beaux hymnes dancefloor, à danser seul, dans le noir.

« Quand j’ai commencé à travailler sur mon premier album, j’avais envie de faire un disque qui me plaise à moi avant tout. C’était dans un contexte personnel particulier et j’avais envie d’accomplir quelque chose de vraiment intime, comme une sorte de thérapie, pour éviter de traîner mon mal-être pendant encore dix ou quinze ans. Aussi, quand j’ai envoyé ma démo à une dizaine de labels, je ne pensais pas avoir de réponses. Je ne voyais pas qui ça pouvait intéresser ! » Le moins qu’on puisse dire, c’est que Marc NGuyen Tan, alias Colder, s’est trompé sur les pronostics. Again, son premier album qu’il a réalisé tout seul à la maison, et sorti en 2003 sur Output, le label de Trevor Jackson (Playgroup), a remporté immédiatement un succès critique énorme et international (de Mojo à Dazed & Confused en passant par Uncut, Muzik et Groove en Allemagne). Le NME parla même de Colder comme « d’un nouveau prince de Paris, prêt à supplanter Daft Punk ». Pourtant, rien ne prédestinait le Parisien à suivre les traces des pères de la french touch.

Avant Colder, Marc était graphiste pour la télévision et la mode et considérait la musique comme un passe-temps récréatif. A part quelques leçons de piano remontant à l’enfance, on ne lui connaît aucun background de musicien, ni aucune appartenance à un groupe. Marc a grandi en écoutant plus qu’en jouant. Can, Brian Eno, Joy Division, Einstürzende Neubauten, Coil, Nick Drake, Current 93 tournaient en boucle dans son walkman pendant l’adolescence. Et Marc connaît si bien ce répertoire (en gros, la new wave neurasthénique des 80’s) qu’il lui est impossible aujourd’hui de tracer une limite nette entre sa vie et cette musique, qui fait partie inhérente de lui.

Le chaud et le froid

Ce passif musical, qui n’est ni celui des clubs, ni celui des raves d’antan, fait de Colder un ovni sur la scène clubbing actuelle. « Pendant l’année et demi (de 2003 à fin 2004) de tournée qui a suivi la sortie d’Again, raconte-t-il, tout était étrange, chaotique. C’était déstabilisant de vivre pour de vrai les clichés comme celui de se retrouver seulement entre copains, allant de date en date. Au-delà de ça, j’ai été amené à jouer dans des endroits où je ne traîne pas d’habitude, à passer des nuits dans des clubs ou des festivals qui ne sont pas vraiment ma tasse de thé. J’écumais des endroits qui véhiculaient une ambiance de fête, alors que je me sentais largué. Je crois que c’est cette confrontation de mon univers et de celui des clubs qui a servi de trame au deuxième album. »

Heat joue ainsi sur deux tableaux, un pied sur le dancefloor et l’autre sur le pavé froid d’un Londres cold-wave. Marc souffle le chaud et le froid, concevant des dilemmes sonores qui mixent la pop triste et le dub et finissent par ressembler à des tubes. Des tubes de funk morbide ou d’électro suicidaire (« Up to The music » sur Heat dans la même veine que « Crazy Love » sur Again). Avec Colder, on ne sait pas sur quel pied danser. « L’idée de l’album était de marier des éléments musicaux qui sont dans le registre littéral de la pop bizarre et de la new wave avec des sons plus gais. Heat tente de trouver un équilibre entre un rythme de dynamique et un fond plus grinçant. Si les mélodies sont légères, le fond des paroles plombe le tout. En apparence, c’est un espace chaleureux, mais on s’y sent vite perdu. Ce n’est pas un disque à mettre lors des anniversaires. » Oui, très certainement, ou alors à l’anniversaire de la mort de Ian Curtis. Mais une chose est sûre : Marc NGuyen Tan ne se morfond pas, il aime trop les contradictions pour cela. Et préfère manier l’art de la nuance comme le montre la pochette de Heat : une femme en talons aiguille laisse tomber des bonbons Haribo (en forme de crocodiles rouges) qu’un corbeau tente de lui subtiliser. Ici l’esthétique gothique est abordée avec suffisamment d’humour pour ne pas sombrer dans le folklore « Famille Addams ».

Penseur techno

C’est avec la même finesse que Marc a abordé ses paroles, teintées d’ironie. « Le thème général des paroles, explique-t-il, est de reconnaître qu’il y a une vraie difficulté à se trouver, à exister (sans rentrer dans des questions de reconnaissance par rapport à mon métier) et en même temps apprécier cette difficulté. Les choses ne sont jamais binaires, mais toujours nuancées. Un évènement positif est toujours contrebalancé par quelque chose de dur. Il faut trouver un équilibre, une liberté à partir de là. Même si j’ai du mal parfois à apprécier certaines choses, j’aime cette mélancolie qui traîne dans les choses heureuses. C’est pour cela que je n’apprécie pas la structure grammaticale de la langue anglaise. Chez les anglo-saxons, soit une chose est super bien, soit elle est horrible. La vie n’a que plus de charme, quand on en admet la complexité. C’est un réflexe asiatique que j’ai dû hériter du côté paternel. La notion de bien et de mal est plus contrastée en Asie qu’ailleurs et on y fait preuve d’une plus grande prudence par rapport au monde. C’est cette vision de la vie qui sous-tend mes disques » reconnaît Marc, presque gêné par cet aveu.

On peut pas s’empêcher alors de se remémorer une pensée de Nietzsche, sur la création comme acceptation de la nuance : « Quand on est jeune, on vénère ou on méprise sans y mettre encore cet art de la nuance qui forme le meilleur acquis de la vie, et l'on a comme de juste à payer cher pour n'avoir su opposer aux hommes et aux choses qu'un oui et un non. Tout est agencé dans le monde pour que le pire des goûts, le goût de l'absolu, se trouve cruellement berné et maltraité, jusqu'au moment où l'homme apprend à mettre un peu d'art dans ses sentiments, ou même à essayer plutôt de l'artificiel, comme le font les vrais artistes de la vie. »

Colder Heat (Output/Pias)